On pourrait avancer que c’est le « sentiment national » des Arméniens diasporiques qui s’est exprimé durant la guerre des 44 jours. Pas l’identité nationale ou l’appartenance nationale puisque dans ce cas précis le nationalisme est détaché de son attribut territorial. Par contre, le lien entre identité et mémoire, le rapport affectif à la Nation arménienne se sont trouvés amplifié par le conflit, son traitement médiatique, son traitement international ou le sentiment d’être seuls face au reste des puissances.
La Nation arménienne est un terme que l’on a retrouvé fréquemment dans les commentaires des internautes ou sur les réseaux, dans les affirmations ou exemples donnés par des activistes de la cause arménienne et exprimé aussi au travers des interventions de certains experts. Mais aussi une Nation comme communauté imaginée. Mais la violence de la guerre, les lacunes dans la représentation du groupe au niveau national, entre autres, ont, aussi, laissé apparaître un ensemble de revendications, de mises au point ou de demandes de réformes qui soulignent comment une identité et un sentiment d’appartenance donnés pour « naturels » sont aussi des arrangements sociaux, objets de débats, y compris politiques.
SÉANCE 1 : I- Le conflit de l’Artsakh et la diaspora
Cette guerre a été l’occasion de constater comment les Arméniens en diaspora se sont appropriés, ont revisité ou contesté les discours, les évènements ou les symboles mis au point par les instances dirigeantes communautaires. Les questions politiques et sociales ont fait un retour fracassant dans les normes de l’arménité et dans l’expression de cette arménité, jusqu’à remettre en cause les structures existantes. L’extrême connectivité de la diaspora durant la guerre avec l’Arménie a redessiné les liens avec la République d’Arménie.
SÉANCE 2 : II- De l’appartenance à l’identité : champs politique démocratie intracommunautaire et culture citoyenne
Champs politique démocratie intracommunautaire et culture citoyenne. Un itinéraire personnel ne peut être mis à part d’évènements collectifs qui sont à l’origine même de la communauté à laquelle nous pensons appartenir : les Français d’origine arménienne. La communauté d’origine, la langue, la culture, la religion renvoient dans ce cas au lignage, à la famille. L’enracinement dans une origine reste, semble-t-il, essentiel. Non pas dans un sens nostalgique et, encore moins, dans le sens d’une idéalisation de la race. Mais cette identité objective (être d’origine arménienne) et les divers facteurs qui composent cette identité doivent permettre de chercher le global dans le local. De situer les identités singulières à la jonction de la vie familiale ou privée et celle plus large de la société et de la nation. L’évolution, l’affirmation et la modification d’une communauté sont, aussi, déterminées par les actions de ses membres pour prendre part à ce processus. Quant à certains, pour que ce processus puisse les intéresser, il faut qu’il y ait de la place à un fonctionnement plus démocratique au sein de la communauté.
SÉANCE 3 : III- Une diaspora connectée comme espace transnational ?
Diaspora arménienne historique et guerre de l’Artsakh (Nagorno-Karabagh) : Une diaspora connectée pendant le conflit et dans le processus post-conflit. Quels buts, quels résultats au-delà des nostalgies et de l’introspection identitaire ?
La guerre des 44 jours de 2020, contre l’Azerbaïdjan, a suscité l’utilisation massive, par les différentes diasporas arméniennes dans le monde, des espaces numériques, notamment, Facebook et twitter. Ils sont devenus des instruments de publicisation de la cause arménienne et également une tentative d’organisation de la lutte ou de la contestation face aux décisions des instances internationales, face à leur silence ou à leur refus d’agir telle l’UNESCO et ses tergiversations pour se rendre en Artsakh.
Dans quelle mesure les technologies de l’information et de la communication (TIC) permettent-elles aux diasporas de rester en contact avec leurs proches demeurant au pays ou avec les réalités de ce dernier ? Jusqu’à quel point internet offre-t-il à ces populations un moyen de faire entendre leurs voix dans leur pays de résidence, ou d’agir à distance dans leur pays d’origine ? Les diasporas arméniennes sont-elles un réel espace transnational ?
SÉANCE 4 : IV- Discours nationaliste azerbaïdjanais sur le patrimoine arménien et habillage culturel de la violence
Depuis quelques mois les différents médias azéris rapportent les propos virulents du président Aliev sur la situation post-conflit du Haut-Karabagh. Propos repris et amplifiés par la presse et les réseaux sociaux. Ces actes de langage ne sont pas anodins, tout d’abord par leur violence, ensuite par la référence à un système de conventions, de rituel et une stratégie qui croise les références historiques, le discours politique, la symbolique des récits épiques (le culte du héros) et le nationalisme le plus vindicatif. Comment alors croire à un droit au retour de la population arménienne ? La violence anti-patrimoniale de l’Azerbaïdjan se situe dans la haine patrimoniale que l’on constate durant les conflits et les périodes de post-conflit, depuis longtemps déjà. Par contre, cette haine patrimoniale n’est pas la conséquence de la perte d’un conflit, mais relève d’une idéologie qui mêle le nationalisme le plus violent au sentiment anti-arménien, le reniement de la diversité culturelle pour le peuple arménien (cheval de bataille de l’Azerbaïdjan en direction de l’occident) au désir de dénier toute historicité dans la région, à ce même peuple.